« Gabriële » ou Madame Francis Picabia, une femme brillante…dans l’ombre

GABRIELETrois prénoms de femme en une de couverture, mais juste deux visages de jeunes femmes d’aujourd’hui… la quatrième de couverture évoque le destin d’une personnalité atypique, féministe avant l’heure,  qui a côtoyé beaucoup de grands noms au début du XX° siècle.

Ce livre retrace les années où Grabriële Buffet a rencontré et vécu avec celui qui sera son mari, Francis Picabia, peintre, dessinateur et écrivain français (malgré son nom aux consonances cubaines) proche du mouvement dada, cubiste et surréaliste.

Le couple  est le grand ami de Marcel Duchamp qui n'en est  qu'à ses débuts de « ready-made »… une sorte de trio à la Jules et Jim, un peu ambigu mais dans les limites de la décence. Et Guillaume Apollinaire se joindra par la suite à ce trio.

La colonne vertébrale du livre c’est cette Gabriële Buffet qui aurait pu devenir un grand compositeur après des études de musique en Allemagne menées en rupture avec sa famille. Elle promettait, Gabriële mais son destin met sur sa route Francis Picabia, jeune homme fantasque devant lequel elle va choisir de s’effacer pour soutenir à bout de bras sa carrière artistique jusqu’à se lasser de ses excès et d’une pathologie psychiatrique qui se révèle peu à peu.

Elle fera cela jusqu’à un jusqu’au-boutiste douloureux… pour elle, peut-être quoique cette ombre choisie librement semble lui donner un sentiment de puissance… mais infiniment douloureux pour ses quatre enfants laissés à la garde de gouvernantes.

Et l’on découvre peu à peu que les auteures, Anne et Claire Berest, sont ses arrière-petites-filles qui descendent du quatrième enfant, Vicente qui s’est suicidé à l’âge de vingt-sept ans et qui n’a pas élevé sa fille, Lélia, leur mère. Cette dernière ne parlait jamais de sa famille paternelle si bien qu’Anne et Claire n’ont découvert l’existence de cette descendance que fortuitement et à l’âge adulte.
La dernière phrase du livre « Pour notre mère Lélia, nous avons essayé d’éclairer la nuit » sonne comme une douleur familiale enfin soulagée.

Passionnant, à lire !

Informations pratiques

« Gabriële » – Anne et Claire Berest – 2017 – Stock